La philosophie du « vivre ici et maintenant »

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Voici l’exposé le plus éloquent que je connaisse de cette philosophie de vie, considérée d’ailleurs comme thérapeutique par l’une des trois grandes écoles de psychologie (les approches humanistes-existentielles). Il est tiré du livre de Thierry Janssen, intitulé Le travail d’une vie (2001).

« Hier et demain sont finis, limités à la réalité que nous regrettons ou que nous espérons. Aujourd’hui, ici et maintenant, l’instant présent est infini, ouvert à tous les possibles. Créer sa vie, instant après instant, en acceptant d’avancer pas à pas, est le meilleur moyen de créer ce dont nous avons réellement besoin. Notre bonheur. »

« Créer sa vie instant après instant, c’est aussi le meilleur moyen de goûter pleinement à ce que la vie nous propose. En évitant de décider à l’avance ce que nous voulons obtenir de la vie, nous nous permettons d’y découvrir un tas de choses que, aveuglés par l’idée fixe de notre bonheur, nous n’aurions jamais remarquées autrement. » (p. 95) [...]

« Le chemin de la vie au présent est le plus difficile qui ne soit proposé d’emprunter, car il nécessite ce qui nous manque le plus : la confiance. La confiance en nous-mêmes, la confiance en la vie qui coule en nous. (p. 96) [...]

«… Pourquoi pensons-nous que certaines expériences de nos vies sont des échecs ? Simplement parce que nous avions une attente par rapport à laquelle nous comparons le résultat de notre expérience. Or, si nous avions une attente, c’est que, déjà, nous n’étions plus dans la réalité du présent, mais dans celle du futur, donc dans l’illusion. »

« Cela voudrait-il dire qu’il ne faut pas construire des projets ? Certainement pas. Cela signifie simplement que lorsque nous avons un projet, il nous faut veiller à l’accompagner plutôt qu’à le diriger. L’accompagnement de notre projet nécessite la capacité de nous interroger tout au long de son déroulement, afin de savoir si la direction que celui-ci a prise correspond toujours à ce que nous sommes profondément. C’est un exercice difficile à effectuer, car nous sommes habités par de très nombreuses croyances, qui ne suggèrent des solutions toutes faites du genre « C’est normalement…, c’est toujours comme cela… » ou « C’est inévitable…, il faut… »

Rappelez-vous que, dans la réalité (la seule qui ne soit pas une illusion, c’est-à-dire le présent), il n’y a rien d’anormal, de toujours comme cela, d’inévitable ou d’obligatoire. Il n’y a qu’une chose : vous, aux commandes de votre vie. Cela nécessite de faire des choix. Et un choix n’a rien à voir avec une décision. » (p. 99-100) [...]

« Le choix coïncide avec qui nous sommes, dans l’instant. Il est l’ouverture sur tous les possibles. Il est nous. [...]

Pour choisir, il faut avoir été capable de vaincre sa peur. Et vaincre sa peur, c’est comprendre que celle-ci n’est qu’une illusion. »

« Une décision se prend par rapport à des « pour » et à des « contre ».

Elle est l’aboutissement d’un débat, parfois long, au cours du duquel nous négocions avec nos références passées et nos aspirations du futur. Une décision se fonde donc sur des arguments illusoires. Et, je vous l’ai déjà dit, la seule chose que nous puissions perdre, ce sont nos illusions… Vous comme moi, nous avons tous des illusions perdues. Je vous recommande d’examiner les arguments que vous avez développés pour décider de telle ou telle action en vue d’obtenir l’objet de vos illusions perdues. Vous verrez, nous sommes capables de nous raconter des histoires extraordinaires !»

« Personnellement, lorsque je dois prendre une décision, j’essaie d’examiner trois points : mon désir, ma confiance et mon acceptation des conséquences de ma décision. Mon désir doit être sincère et à la mesure de l’énergie que je vais dépenser pour le réaliser. Ma confiance nécessite la conviction que je peux réaliser mon désir et que le monde qui m’entoure peut m’aider dans mon entreprise. Mon acceptation des conséquences de ma décision implique que je sois prêt à accepter toutes les conséquences de la réalisation de mon désir.»

« Prenons un exemple : je décide d’écrire un livre. Je formule mon désir comme le souhait d’écrire un livre pour communiquer ma vision du monde. J’ai confiance en mes capacités de mener à bien l’écriture du livre et de reconnaître les personnes ou les situations susceptibles de m’aider dans ma tâche. Mon livre est publié. Dix exemplaires sont vendus, pas plus. Je suis déçu. Avais-je envisagé la possibilité d’un si faible nombre de ventes ? Le fait que je sois déçu m’oblige à reformuler mon désir. J’avais dû dire plutôt que je souhaitais écrire un livre qui devienne un succès de librairie. En fait, je désirais un succès. Écrire un livre n’était pas mon premier et véritable désir.»

« Faites l’exercice pour vous-même. Vous constaterez que le fait de poser la question de l’acceptation des conséquences de la réalisation de votre désir permet d’en préciser le véritable contenu. Cela peut aider à éviter des déceptions en investissant l’énergie adéquate dans un projet. »

« Les expériences de notre vie sont ceux qu’elles sont, ni plus ni moins. Si nous les avons créés et vécues d’une certaine manière, c’est que, au moment où elles sont survenues, nous n’étions pas capables de les imaginer et de les vivre autrement. Lorsque nous les examinons (et les jugeons) a posteriori, nous ne faisons que les interpréter à la lumière de notre conscience éclairée par leur résultat. Elles sont donc déjà des illusions. Si, une fois notre conscience affinée par rapport au contenu de nos expériences, nous ne désirons plus les revivre, à nous de les transformer. C’est ainsi que, d’expérience en expérience, nous pouvons réajuster instant après instant notre vision de nous-mêmes et du monde qui nous entoure. » (p.101-103) [...]

« Et, nous l’avons vu, un choix n’a rien à voir avec une décision. Le choix, c’est nous, tout entiers, libres, dans la réalité du présent. » (p. 103) »


Le fleuve de la vie

« Le fleuve de la vie (Une métaphore née au bord du Nil) »

« Imaginez la vie comme un fleuve qui vous emporte dans ses flots. Certains d’entre nous ont peur, ils s’agrippent aux berges et luttent désespérément pour résister à la force du courant. Leurs doigts saignent et leurs muscles souffrent mais ils persistent dans leur effort car leur peur est plus forte que leur douleur. Parfois , ils sont obligés de lâcher prise et sont emportés par le courant. Affolés, ils se débattent et, dans un soubresaut d’énergie, et ils se cramponnent une nouvelle fois au rocher de la rive. Transis, ils n’osent plus bouger et décident de rester là, le nez à la paroi aride, à attendre. Ils sont tristes.

D’autres, après avoir connu la peur et s’être accrochés, eux aussi, aux berges du fleuve, apprennent qu’il n’est pas risqué de se laisser porter par le courant. C’est même agréable. Ils n’ont presque plus d’effort à fournir et, au fil de leur voyage, leurs yeux découvrent des paysages merveilleux. Si d’aventure, ils repèrent des arbres chargées de fruits, sur l’une des rives, ils tendent la main et cueillent l’objet de leur convoitise.

Si, au milieu des flots, se dresse un rocher, il leur suffit de nager un peu pour éviter l’obstacle menaçant. Ils rient et crient à ceux qui, le nez face au rocher, ne les voient pas : ‘ Venez ce n’est pas dangereux !’ Mais les autres ne les croient pas. C’est normal : ils n’ont pas vu les sourires sur leurs visages. » (p.105)


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