LE CONFORT OU LE PLAISIR?

par PM               bang-ch-nature-morte-raisin-jaune-pomme-theiere-450-n9260

« Nathanaël, que toute émotion sache te devenir une ivresse.  Si ce que tu manges ne te grise pas, c’est que tu n’avais pas assez faim. »

André Gide, Les Nourritures terrrestres.

 


Tout comme des enfants qui se lassent rapidement de leurs nouveaux jouets, les adultes ont aussi tendance à perdre rapidement conscience du plaisir qu’ils tirent de leurs possessions matérielles. À en juger par les images de vie pleinement vécue sinon de bonheur que la publicité nous présente sans relâche, et en tenant compte du niveau matériel de notre société, comment peut on expliquer le mécontentement général, l’anxiété ou l’ennui que l’on peut déceler derrière les malaises sociaux ou individuels? Pourquoi les travailleurs – même les mieux payés – ne ratent ils pas une occasion d’en demander toujours plus? Un salaire, aussi élevé soit il, ne peut-il jamais arriver à satisfaire le travailleur et à compenser les efforts du travail? Pourquoi les objets nous semblent ils toujours infiniment plus indispensables et attirants avant l’achat?

D’autre part, comment expliquer que des aventures sentimentales qui semblent au premier abord excitantes et prometteuses finissent parfois par sombrer dans l’ennui et la routine mortelles?

Il faut bien reconnaître que le plaisir est difficile à saisir. Il s’échappe parfois lorsqu’on croit se l’être assuré. L’orgasme n’est même pas la garantie du plaisir : des éjaculations de nature presque réflexe sont possibles, pendant lesquelles la perception réelle du plaisir reste minime. De toutes façons, ce dernier a tendance à disparaître assez rapidement après l’acte : c’est d’ailleurs pourquoi le tantrisme oriental a essayé de mettre au point des techniques pour imprégner la conscience de la sensation de plaisir et pour la prolonger. Comme l’a déjà fait remarquer Rolland Barthes, un linguiste français très célèbre il y a deux décennies, il n’y a pas d’objet qui se trouve « dans un rapport constant avec le plaisir ».

Il existe donc une problématique du plaisir.

LES DÉCOUVERTES DE LA BIOLOGIE

D’après les découvertes de neurophysiologie, il existe, dans le cerveau humain, un centre de plaisir qui, lorsqu’il est stimulé, est à l’origine d’un flux inépuisable de sensations agréables. Pour être précis, on devrait dire qu’il existe dans le cerveau deux centres de plaisir différents, en plus d’un troisième qui provoque des réactions opposées d’aversion ou de déplaisir. Lorsque l’organisme est stimulé (que la stimulation origine du monde extérieur par l’entremise des sens, du milieu intérieur de l’organisme, comme des muscles ou des organes internes, ou alors de l’activité cérébrale elle même, de l’activité intellectuelle, etc.) son niveau d’activation a tendance à augmenter. Le premier centre du plaisir s’en trouve stimulé et cela est généralement ressenti subjectivement comme agréable. Mais si l’intensité du stimulus continue d’augmenter, le niveau d’éveil augmente encore et à un certain point, le centre d’aversion entre en jeu, bloquant l’activité du centre de plaisir : l’individu vit alors des sensations désagréables. C’est ici que le deuxième centre du plaisir peut intervenir : s’il est stimulé (par exemple à la suite d’un bon repas ou d’une éjaculation), il diminuera le niveau d’éveil ou d’excitation, il inhibera le fonctionnement du centre d’aversion et permettra le retour de l’activité du premier centre de plaisir. Ainsi, la tension se relâchera, le malaise disparaîtra et le contentement pourra renaître.

L’interaction de ces trois centres permet de comprendre le déroulement de beaucoup de phénomènes courants dans nos vies, entre autres celui de notre sexualité : une augmentation du niveau d’éveil ou d’excitation est tout d’abord ressentie comme plaisante (stimulation du premier centre du plaisir), puis au-delà d’un certain seuil, peut devenir insoutenable, désagréable (enclenchement du centre d’aversion), enfin la diminution subséquente de la tension et du niveau d’activation(orgasme) restaure le calme.

Il semble exister un niveau d’éveil optimal : qu’il soit trop haut ou trop bas, on ressent de l’inconfort. Le confort résulte alors du niveau optimal d’activation ou d’excitation. Le plaisir provient de la variation (en général d’une chute rapide) du niveau d’activation lorsque ce dernier retrouve son niveau optimal.

Ce mécanisme biologique dont le fonctionnement a été schématisé pour les besoins de cet article, confirme néanmoins un certain nombre d’idées assez courantes concernant la nature éphémère du plaisir (« Plaisir d’amour ne dure qu’un moment…» dit la chanson) et la satisfaction très grande que peut procurer la poursuite des objectifs personnels, alors que leur réalisation, après le moment du triomphe, amène souvent une sorte de déception ou un certain sentiment de vide.

Mais l’une de des conclusions les plus surprenantes et des plus éclairantes sur la nature humaine! que l’on peut tirer de cette intéressante théorie, concerne le conflit permanent entre le confort et le plaisir. Si le plaisir provient de la variation du niveau d’activation ou d’excitation et que le confort consiste à maintenir le niveau optimal d’excitation, il s’ensuit que le manque de confort devrait précéder le plaisir et que trop de confort, ou du moins un confort ininterrompu pourrait exclure le plaisir. Comme l’observait Montesquieu il y a plus de deux siècles «…les peines des sens nous ramènent nécessairement aux plaisirs ». Mais chaque individu devrait donc faire un arbitrage dans chaque situation, et privilégier l’un au détriment de l’autre, en quelque sorte. L’habitude de préférer l’un ou l’autre constitue un trait de caractère propre à chaque individu et exerce une influence considérable sur son style de vie et sa personnalité. De plus, l’orientation vers le plaisir ou le confort de chacun des partenaires joue un rôle capital dans l’équilibre d’un couple gai, comme on le verra bientôt.

Mais notons que le choix ne se fait pas toujours consciemment ou en connaissance de cause et bien des facteurs l’influencent. Parmi ceux ci, notons l’organisation économique de notre société qui favorise systématiquement le confort au détriment du plaisir. Elle ignore la source principale de plaisir pour un ventre repu du moins qu’est la variété. C’est le régime du travail stable et monotone, du bungalow de banlieue construit en série, de la monogamie respectable, des voyages organisés d’ou l’aventure réelle est bannie avec soin et à grands frais, etc.

LE COUPLE GAI

L’un des coauteurs des PLAISIRS DE L’AMOUR GAI, le Dr Charles Silverstein, un psychologue qui a effectué une enquête auprès de plus de 190 gais vivants en couple, a déjà observé qu’il existe deux sortes d’hommes. Les uns ont une préférence marquée pour le confort et les autres, plutôt pour le plaisir : les premiers, les « pantouflards » (home builders), valorisent l’intimité, la stabilité et la qualité de la relation, alors que les « aventuriers » (excitement seekers) préfèrent l’autonomie personnelle, la compatibilité sexuelle avec le partenaire et apprécient – lorsqu’ils ne l’exigent pas! – la possibilité d’avoir des relations sexuelles fréquentes hors du cadre de leur couple, de leur relation privilégiée. L’exclusivité en matière sexuelle est perçue par l’aventurier comme une contrainte lourde et inutile : en effet, pour lui, la sexualité hors du couple n’est pas nécessairement le symptôme d’un problème dans le couple, mais peut provenir d’une simple recherche de nouveauté.

Seth, l’amant de Donald, est justement l’un de ces aventuriers. Donald raconte :

[...] Mais après un certain temps, j’ai commencé à comprendre. Je me suis dit : vers qui se tourne t il lorsqu’il revient à la maison, qui désire t il vraiment, qui aime t il profondément? Lorsque j’ai réalisé cela, j’ai compris. J’ai compris autre chose aussi : parfois, en rentrant à la maison vers trois ou quatre heures de matin, il venait se blottir contre moi et il me serrait avec passion. Je devinais ce qui était arrivé, je savais pourquoi il faisait cela.

Parfois, il sortait seulement pour bavarder. Il aime tant faire la conversation. J’ai compris que Seth ne cherchait pas un autre amant, mais voulait seulement du sexe. » (Silverstein, 1981, p. 130)1

Par contre, M. Sylverstein a remarqué que la sexualité passe parfois au second rang chez les « pantouflards » : l’auteur cite des cas où les partenaires s’estiment satisfaits de leur union, même si la compatibilité sexuelle laisse à désirer. Nous pouvons reconnaître derrière ces catégories un choix implicite entre le confort et le plaisir, deux dimensions de l’expérience humaine qui sont partiellement antagonistes et qui doivent, en conséquence, être négociées individuellement. Bien des facteurs peuvent influencer ce choix qui n’est jamais facile, et qui peut se modifier au cours de la vie.

_________

1. Silverstein, Charles (1981) Man to man. Gay Couples in America. Morrow & Cie, 348 pages.

 

Il me suçait lentement, sans se presser… (18 ans et + SVP)



par PM

Il me suçait lentement, sans se presser. Avec sa langue et sa bouche, il décrivait toutes sortes de trajectoires imprévisibles autour de mon gland. Il tendait mon prépuce avec sa main à partir de la base de mon pénis, qu’il serrait parfois fermement pour rehausser l’intensité de mes sensations. Il jouait de mon instrument comme un musicien qui ne cesse d’inventer d’infinies variations sur le même thème, pourtant toujours imprévisibles. J’étais comblé! « Entre dans la caresse …», le vieux précepte des maîtres tantristes me revenait à l’esprit régulièrement, comme une ritournelle. «Entre dans la caresse comme dans une vie… » Oui, je veux entrer davantage, sentir encore plus chacun des mouvements capricieux de sa bouche sensuelle. Je ne suis plus qu’une vague 800px-carved_wooden_lingamvive, je me répands dans la direction ou m’entraîne sa langue; mon âme frémit, se tend, mes muscles se contractent rythmiquement là, dans les profondeurs de mon périnée, en synchronie avec les pressions circulaires qu’il applique à la base de mon pénis. Il joue avec moi. D’une main, il enserre fermement mon pénis derrière mes testicules et, avec sa bouche, il tire mon prépuce le plus loin possible de mon gland, puis, ayant réintroduit mon sexe calotté dans sa bouche, avec son autre main il rétracte mon prépuce, ce qui découvre mon gland ravi au velouté incomparable de sa bouche chaude et humide.

Merveille des merveilles! Un papillon sort de son cocon et naît à des mystères magnifiques.

Et il recommence sans relâche, sans se presser, avec une lenteur qui me permet de tout sentir, de tout apprécier. « Entre dans la caresse comme dans une vie… qui n’a pas de fin! » La vie éternelle, oui justement, la voilà : sensation totale, infinie, indélébile! Les portes de mes sens s’ouvrent toutes grandes, je ne suis plus qu’un corps disponible et vibrant à toutes les sensations qui me submergent. Je m’aperçois que j’ai aboli la distance à laquelle je tenais le monde, que je l’ai rejoint amoureusement, que j’ai éliminé le tunnel de grisaille qui nous séparait…

Mais après une heure ou deux de ce traitement, je ne sais plus très bien, j’étais survolté. J’étais à vif.

‑ Accélère un peu, je veux venir!

Puis, j’ai explosé sur le monde.

Le corps calme, j’étais toujours dans la vie qui n’a pas de fin. Mais elle était maintenant différente. L’orgasme avait changé le paysage. Il était plus serein, infiniment calme. J’étais encore immergé dans une mer de sensations échos, subtiles et ininterrompues, mais qui maintenant n’avaient plus aucun support physique!



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J’ai regardé si fixement la beauté…

par Constantin Cavafy (1863-1933)

 

dieu

J’ai regardé si fixement la beauté  que mes yeux sont tout pleins d’elle.

Lignes du corps, lèvres empourprés, membres voluptueux, chevelures évoquant celles des statues grecques, toujours belles, même quand elles sont en désordre et tombent un peu sur les fronts blancs.

Visages de l’amour, tels que les désirait mon art…


Visages rencontrés furtivement dans mes nuits, dans les nuits de ma jeunesse…

* * *

Constantin Cavafy (1863-1933)

« Un jour — dans une société meilleure — un autre, fait tout comme moi, apparaitra, c’est sûr, et agira librement. »

 




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Gland, point suprême de l’être… (18 ans et + SVP)

Paul Verlaine (1844-1896)

Gland, point suprême de l’être
De mon maître,
De mon amant adoré
Qu’accueille avec joie et crainte,
Ton étreinte
Mon heureux cul, perforé

Tant et tant par ce gros membre
Qui se cambre,
Se gonfle et, tout glorieux
De ses hauts faits et prouesses,
Dans les fesses
Fonce en élans furieux. –

Nourricier de ma fressure,
Source sûre
Où ma bouche aussi suça,
Gland, ma grande friandise,
Quoi qu’en dise
Quelque fausse honte, or, çà,

Gland, mes délices, viens, dresse
Ta caresse
De chaud satin violet
Qui dans ma main se harnache
En panache
Soudain d’opale et de lait.

Ce n’est que pour une douce
Sur le pouce
Que je t’invoque aujourd’hui
Mais quoi ton ardeur se fâche…
Ô moi lâche !
Va, tout à toi, tout à lui,

Ton caprice, règle unique.
Je rapplique
Pour la bouche et pour le cu
Les voici tout prêts, en selle,
D’humeur telle
Qui te faut, maître invaincu.

Puis, gland, nectar et dictame
De mon âme,
Rentre en ton prépuce, lent
Comme un dieu dans son nuage,
Mon hommage
T’y suit, fidèle – et galant.

Paul Verlaine (1844-1896)





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