Discussion du 6 novembre 2009

L’homophobie : d’hier à aujourd’hui

Louis-Georges Tin (dir.), Dictionnaire de l’homophobie, PUF, 2003, 450 pages.
  • L’homophobie est-elle encore présente aujourd’hui ?
  • Sous des formes plus subtiles qu’autrefois ?
  • Y avez-vous déjà été confronté?
  • Changer les mentalités de la société en géné
    zral, est-ce possible ou est-ce carrément jouer à la police de l’esprit, peu compatible avec les libertés fondamentales de notre société?
  • L’homophobie joue-t-elle un rôle dans la société en général?
  • Les gais : d’éternels minoritaires?

« Le XXe siècle a sans doute été la période la plus violemment homophobe de l’histoire » affirme l’auteur du Dictionnaire de l’homophobie. Compte rendu de l’ouvrage : cliquez ici.

carte72 Lieu : Montréal, UQÀM, (Métro Berri-UQÀM), Pavillon Hubert-Aquin, local A-1870, au deuxième étage, en haut de l’escalier roulant, à gauche.

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Deux prédispositions à l’homophobie

D’après des recherches en psychologie, deux caractéristiques personnelles, assimilables en quelque sorte à des attitudes « politiques », rendraient les gens plus susceptibles d’être homophobes. Ces deux attitudes sont : l’autoritarisme « de droite » et le parti-pris pour la dominance sociale.

L’autoritarisme de droite se subdivise en trois composantes : le conformisme (acceptation des normes en vigueur dans la société et soutenues par l’autorité), l’obéissance à l’autorité (cette dernière étant considérée comme légitime) et la violence perpétrée au nom de l’autorité (à l’endroit des personnes ou des groupes « déviants » ou qui mériteraient d’être punis). La violence homophobe peut effectivement être considérée, entre autres, comme une manifestation de violence perpétrée au nom de l’autorité.

La dominance sociale est une préférence pour l’organisation hiérarchique dans les relations entre les groupes sociaux, au détriment de l’égalité. Se trouvent donc ainsi justifiées l’idée que certains groupes doivent jouir d’un statut plus élevé que d’autres, que ce soit en fonction de la race, du sexe, de la classe sociale, de la sexualité, etc.

Les personnalités que l’on pourrait qualifier de fortement « autoritaires de droite » ont tendance à considérer le monde comme un endroit dangereux, où les valeurs et les traditions les plus importantes sont menacées — contrairement aux personnes qui sont peu autoritaires, lesquelles considèrent que les valeurs essentielles ne sont pas en danger.

Pour leur part, ceux qui sont fortement partisans de la dominance sociale voient plutôt le monde comme un endroit compétitif (une sorte de jungle), où chacun essaie de s’accaparer de ressources (l’argent entre autres) et de pouvoir, contrairement aux égalitaires, qui considèrent le monde comme un endroit de coopération, où l’aide et le partage sont monnaie courante.

Dans les études sur les populations, chacune de ces deux dispositions, — l’autoritarisme « de droite » et le parti-pris pour la dominance sociale — sont corrélées avec une attitude défavorable aux gais; les deux facteurs peuvent d’ailleurs se cumuler, ce qui démultiplie alors leurs effets homophobes.

Source : Ashton, Michael Craig. Individual Differences and Personality. Elsevier 2007. p. 267-271.

 


L’homophobie frappe les hétéros !

Les deux tiers des jeunes collégiens victimes d’incidents homophobes se définissent comme hétérosexuels.

« Ils ont été intimidés parce qu’on les a perçus comme gais ou lesbiennes ou parce qu’ils étaient différents ou encore on a voulu les insulter ou les humilier », note Line Chamberland, dans le sillage de son projet de recherche, dont le Journal l’UQAM daté du 23 mars 2009, a fait état à la une.

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Anne-Marie Brunet

En 1969, le «bill omnibus» décriminalisait l’homosexualité. En 2005, le Canada était le quatrième pays au monde à reconnaître le mariage entre conjoints de même sexe. Si l’égalité juridique a progressé en 40 ans, les mentalités n’ont pas évolué au même rythme. Le milieu scolaire est l’un des domaines où l’homophobie reste très présente. Les études semblent confirmer que le phénomène de l’homophobie atteint son point culminant à l’école secondaire.

Line Chamberland, sociologue et professeure associée à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF), dirige, depuis 2007, une vaste recherche sur l’homophobie à l’école secondaire et au cégep. Son équipe est composée de Gilbert Émond, Concordia; Danielle Julien, UQAM; Joanne Otis, UQAM; Bill Ryan, McGill et de nombreux adjoints de recherche, dont Michael Bernier et Gabrielle Richard, tous deux de l’UQAM. D’une durée de trois ans, la recherche est subventionnée par l’Action concertée du Programme de recherche sur la persévérance et la réussite scolaires, le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC), le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport et le Conseil de la recherche en sciences humaines (CRSH).

L’HOMOPHOBIE TOUCHE TOUT LE MONDE Les résultats préliminaires d’un des volets de la recherche réalisée auprès d’une centaine d’élèves de trois écoles secondaires sont surprenants. Ils montrent que près du tiers des répondants seraient victimes d’insultes ou de violence physique à caractère homophobe.

 


Plus étonnant encore : ils révèlent que le phénomène de l’homophobie à l’école ne touche pas que les jeunes gais et lesbiennes. «Nous avons été surpris de constater que l’homophobie concerne également des jeunes qui ne sont pas homosexuels, mais qui sont perçus comme tels parce qu’ils sont différents. Elle atteint aussi leurs amis, leurs frères et soeurs et les jeunes dont les parents sont homosexuels», souligne la chercheuse. L’autre volet de la recherche concerne le niveau collégial.

L’équipe de Mme Chamberland est la première à aborder le sujet de l’homophobie dans ce milieu. Une enquête a été menée auprès de 1844 étudiants dans 26 cégeps de Montréal, de Québec et en région. L’analyse des résultats et du contenu des discussions de groupes permet de voir si le phénomène de l’homophobie, identifié à l’école secondaire, persiste au collège.

À première vue, l’homophobie au cégep est beaucoup plus marginale qu’au secondaire. Ainsi, parmi les 1844 répondants à un questionnaire mesurant les attitudes et les perceptions face à l’homosexualité, seulement 82 (4,5 %) ont dit être victimes d’au moins un incident homophobe. Les deux tiers des étudiants se définissent comme hétérosexuels et 35 % comme gais, lesbiennes, bisexuels ou en questionnement. «Il est important de préciser, dit Mme Chamberland, que le risque est plus élevé pour ceux qui s’identifient comme lesbiennes ou gais. Parmi les jeunes non-hétérosexuels, 24 % ont déjà été victimes de gestes homophobes. Parmis le hétérosexuels, seulement 3% l’ont été.»

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Parmi les hétérosexuels, seulement 3 % l’ont été.» Il demeure que les deux tiers des jeunes collégiens victimes d’incidents homophobes se définissent comme hétérosexuels. «Ils ont été intimidés parce qu’on les a perçus comme gais ou lesbiennes ou parce qu’ils étaient différents ou encore on a voulu les insulter ou les humilier », note Line Chamberland. Les mots «gai», «tapette», «fif», «lesbienne », «homosexuel» sont des termes injurieux, utilisés pour disqualifier et rabaisser. «À l’adolescence, à l’époque où l’identité se construit, les gais et les lesbiennes, sont des figures de distanciation que l’on dénigre pour mieux se valoriser, explique la chercheuse.

COMME UNE CLOCHE QUI RÉSONNE Certains étudiants gais et lesbiennes ont tendance à idéaliser le cégep. Ils ont une vision très positive de l’ouverture de leur nouveau milieu d’étude à l’égard de l’homosexualité. Or, il suffit souvent de peu pour raviver les blessures du secondaire (une affiche déchirée, un comptoir faisant la promotion d’une activité

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homosexuelle évitée par les hétérosexuels, etc.) «Un étudiant a utilisé l’image d’une cloche qui résonne, pour décrire ce qu’il avait ressenti quand un événement avait réveillé en lui les souvenirs de son passage au secondaire.» L’homophobie au cégep est loin de la stigmatisation et de la violence vécues au secondaire. Souvent, les jeunes gais et lesbiennes ne se sentent pas suffisamment en confiance et en sécurité pour agir librement et pour «sortir du placard», selon l’expression consacrée.

À terme, cette recherche cherchera à dresser un portrait de l’homophobie dans les établissements du secteur public de niveau secondaire de 2e cycle et de niveau collégial. Elle examinera l’impact des expériences de victimisation vécues par des jeunes sur leur cheminement scolaire. Finalement elle identifiera et diffusera des pratiques d’intervention, afin de créer des environnements sécuritaires pour les étudiants des deux niveaux.



line-chamberland




Document proposé par
Pierre Massicotte

Adaptation du document pour le Web
Pierre A. Vaillancourt – w3d.ca

(Livre) L’épreuve de la masculinité

Sports, rituels et homophobie

Simon Louis Lajeunesse, H&O, 240 p. 2008.

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Dès l’enfance, les garçons participent à des sports collectifs et doivent se soumettre à des rituels souvent à connotation sexuelle, comprenant nudité voire génitalité, et qu’on peut percevoir comme des rites homosexuels. Victimes volontaires, ils obéissent aux lois de la masculinité. Les jeunes hétérosexuels rencontrés dans le cadre de cette recherche expliquent comment ils ont résolu une contradiction : créer un univers de grande intimité physique tout en adoptant des valeurs homophobes.

( Prix suggéré : 32,95 $)

Entrevue avec l’auteur : Cliquez ici

P.S.  Ce livre est tiré de la thèse de doctorat de l’auteur, intitulée : La masculinité mise au jeu, construction de l’identité masculine chez des jeunes hommes sportifs (2007). Lorsqu’il est passé au GDM, M. Lajeunesse nous a révélé que certains passages de sa thèse, qui auraient pu s’avérer particulièrement choquants pour certains lecteurs, ont été retirés de l’ouvrage par l’éditeur. Pour prendre connaissance de l’intégralité des résultats de cette recherche empirique,  il faudra donc se référer à la thèse elle-même.

Vous pouvez télécharger l’intégralité de la thèse en cliquant ici.